Présentation

Le Dernier Saumon est un projet de film documentaire né de la rencontre entre Marion Albert et Hugo Moreau. Il a reçu l’aide au développement de la Région Occitanie ainsi que le soutien financier du laboratoire ErraPhis de l’Université Toulouse Jean-Jaurès.

Marion Albert a été formée à l’enquête comme outil de collecte et d’analyse de sujets et de controverses au Master d’Expérimentation en Art Politique à SciencePo Paris dirigé par Bruno Latour. Depuis 2021, elle mène une enquête citoyenne sur les relations qu’entretiennent la rivière et ses habitants. Cette enquête a commencé par le projet de recherche création Elles aveyronnent, accueilli par le Centre d’art et de design La Cuisine (Nègrepelisse, Tarn-et-Garonne) et s’est poursuivie dans le cadre du dispositif Où atterrir ? animé par le collectif d’artistes et de scientifiques Rivage en partenariat avec l’Université Toulouse Jean-Jaurès.

Hugo Moreau est réalisateur et créateur vidéo pour le spectacle vivant. Après un master de création audiovisuelle de l’ÉNSAV à Toulouse il collabore au montage et à la réalisation de différents types de médias allant du documentaire aux courts-métrages de fiction ainsi qu’à des projets liés aux nouvelles écritures audiovisuelles (webdocumentaire, installations vidéo interactives). Ayant fait de son chez lui le bord de la rivière en 2020, il cherche à lier son habitat et ses intuitions environnementales à sa pratique professionnelle au travers de cette enquête documentaire.

HUGO : Alors qu’une crue amène l’Aveyron presqu’au pied de notre maison, je cherche à renouer avec la réalisation audiovisuelle pour tenter de m’extraire de l’inertie générale propre à notre époque. Au printemps 2022, je rencontre Marion. Nos nombreuses discussions ont profondément déniaisé le regard que je porte sur la rivière et m’ont fait prendre conscience que le langage et les concepts que nous utilisons couramment pour décrire notre environnement sont fortement réducteurs, et nous empêchent d’accéder à une compréhension plus profonde, plus juste de ce qu’on appelle «rivière». L’été 2022 est marqué par une grande sécheresse sur toute l’Europe. J’annonce à Marion que la centrale nucléaire de Golfech - à proximité - a reçu une dérogation pour continuer à tourner malgré tout. Il en résulte que l’eau reversée dans la Garonne à l’aval de la centrale est trop chaude pour permettre la survie de plusieurs espèces aquatiques.

Origines du projet

MARION : En 2020, Bruno Latour m’envoie avec mes camarades de promo à Berlin pour animer un workshop au sein de l’exposition Down To Earth inspirée de son livre Où atterrir ?. Nous expérimentons auprès du public un questionnaire d’auto-description qui commence par la question suivante : « Qu’est ce qui est indispensable à votre existence et qui est menacé ? ». Reconduit en octobre 2020 à La Cuisine, un Centre d’Art et de Design à Nègrepelisse (82) nous réalisons que si l’eau avait été mentionnée, c’était de manière générale, sans spécifier s’il s’agissait de l’eau pour boire, pour arroser son potager ou pour remplir sa piscine. Et personne n’avait mentionné la rivière Aveyron, qui coule pourtant à quelques mètres du centre d’art !

MARION : Au fil du travail de documentation, nous comprenons les singularités de notre bassin-versant, tant du point de vue géographique qu’historique et économique. Je collecte les apparitions de la rivière dans les médias et les publications officielles (scientifiques, institutionnelles) et j’expérimente des manières de restituer ce travail par des formes ludiques et participatives. En 2024 je suis invitée à faire le commissariat d’une exposition sur la thématique de l’eau dans le Pays Midi-Quercy. Cette exposition est une opportunité pour co-créer entre les sphères scientifiques, culturelles et politiques. Le format de restitution est une exposition itinérante nommée Rand’Eau.

HUGO : À force d’essayer d’entremêler ces histoires de saumons avec la rivière Aveyron nous réalisons que celle-ci n’a pas été sélectionnée pour être de nouveau une rivière à saumon alors qu’elle l’était par le passé - ce que nous confirment plusieurs témoignages. Pourquoi ce choix ? Quand on pose la question aux pêcheurs et techniciennes rivières du coin ils nous répondent amusés que si on arrive à sauver les truites ça serait déjà pas mal.

Le projet documentaire Le Dernier Saumon est lancé, avec ce pari à première vue loufoque de travailler sur l’absence d’une espèce disparue et dont plus grand monde ne parle tellement il est improbable qu’elle revienne…